Et maintenant...
Emilienne a donc vécu chez sa fille tout le temps où ça a été possible.
Régulièrement en pleurs lorsqu'elle se faisait dessus, elle se sentait coupable comme si elle avait fait une bêtise.
Et puis son état s'est dégradé, son coeur s'est fatigué, ses forces l'ont abandonnées. Grace à l'association qui aidait ma mère, elle a pu être admise aux soins palliatifs du CH DRON à Tourcoing. Là, une équipe en manque d'effectifs parvient à se montrer patiente, généreuse et humaine avec chaque patient, et chaque famille. Petit à petit elle a perdu l'appétit, elle a perdu du poids...
Récemment les infirmières nous ont confié que la toilette intime était difficile, qu'elle se crispait énormément comme si... comme si... il n'y a pas eu de mots sur la suite, mais on a tout de suite comprit que la coloscopie dénuée de douceur de St PHILIBERT l'avait marqué encore plus qu'on ne le croyait.
Et puis mamie avait toujours mal au coup, depuis le début, alors ils lui ont fait un scan des cervicales.
Vous vous souvenez, me premier scan, c'était la tête, et à St PHILIBERT, souhaitant un scan complet, ils avaient complété en en faisant un des pieds aux épaules. Aux épaules seulement....
Métastases sur les cervicales, la colonne peut céder à tout moment, coup du lapin, mort subite ou... paralysie.
Alors maintenant, je me dis qu'elle avait vraiment dû avoir un mal de chien à se laver les cheveux au dessus de ce tout petit lavabo, sous prétexte que l'équipe de St PHILIBERT a négligé de l'aider à prendre une douche et au nom de leur foutue valorisation de m'autonomie restante.
Mamie a passé des beaux jours, vin rouge au repas, apéro le dimanche, massage tous les jours, musique dans sa chambre. Petit à petit elle s'est aperçue que cette fois ci elle ne gagnerait pas contre le cancer, elle qui avait déjà caincu un cancer du sein et un cancer de la peau. Les complications se sont enchainées, infection urinaire, convulsions, pneumonie, et la morphine est arrivée.
Lundi soir, l'hôpital a appelé pour prévenir qu'elle ne passerait sans doute pas la nuit, on est venu la voir. Elle fait des pauses respiratoires, et c'est une torture de vivre ça et de se battre en même temps pour des causes qu'on estime juste. Mamie est toujours là. C'est un vrai ptit soldat. Aujour'hui quand je suis passée, la psychologue était là. Pourtant mamie ne peut plus parler, ne peut même plus serrer la main ou ouvrir grand les yeux, mais qu'importe, elle était là et elle prenait son temps avec elle comme avec n'importe quel autre patient.
Voilà ce que devrait être l'hôpital aujourd'hui!